Ou comment expliquer à Eric, haut fonctionnaire au zèle exemplaire et, accessoirement, fils spirituel ou repreneur de fond en comble du bas-fonds de commerce de Brice le gaffeur de la multiculture...
Alors, pour toi, qu’est-ce être français ?...
Eh bien, Eric, à vrai dire, tu me connais, j’y avais pas réfléchi... J’avais même pas pensé qu’il fallait que je me pose la question, vois-tu ?!... Et portant, je suis né par une latitude : 39.3333 et une longitude : -9.3333. C’est dire si j’aurais dû me la poser mais, vois-tu mon Ericounet, mes amis nationaux à moi, tes cousins, me l’ont jamais posé ta question. C’est que, peut-être, c’est pas important pour eux... alors, pourquoi c’est pas important pour eux qui mangent chez moi et, m’invitent chez eux et que pour toi c’est, tout à coup, très important ? Dis-moi, Eric...
Mais, puisque tu me poses la question, je vais te le dire ce qu’est pour moi l’identité nationale...
L’identité nationale est un truc, dont je vois pas bien le nom, mais un truc dans lequel tu voudrais mettre la diversité plurielle des composantes de la France si belle, si républicaine, si démocratique et si... colorée.
Car, vois-tu Eric, là où j’ai commencé l’école en France, il n’y avait pas un français dans la salle... Dans cette école où on m’a envoyé, loin de chez moi, il n’y avait pas inscrit sur le fronton Liberté – Egalité – Fraternité. Il n’y avait pas de fronton d’ailleurs, juste un portail grillagé... J’y ai pourtant été bien accueilli mais du haut de mes jeunes années, j’ai vite compris que l’école à côté de chez moi menait à autre chose que celle où on m’avait débarqué...
Un soir en rentrant, au bout de mes cinq kilomètres à pied, j’ai dit à mes parents que je voulais aller à l’école à côté de chez nous, celle où il y avait écrit "Garçons" et Liberté – Egalité – Fraternité... Une école avec des murs en pierre, quoi...
Et là, comble de chance, je ne le répéterai jamais assez, j’ai été pris en charge par Madame Habert et cette dame, vois-tu mon Eric, m’a appris à développer ce que je venais d’apprendre lors de mes trois premiers mois d’école là-bas, loin... Elle y a mis de la patience mais, autant que je me souvienne, je captais vite... Tu vois, madame Habert est, sans doute et aussi extravagant que ça puisse te paraître, la meilleure définition de mon identité qui n’est pas nationale comme tu l’entends, toi, mais humaniste comme je m’entends, moi...
Cette femme qui, ceci soit dit en passant, était aussi blonde que j’étais brun aurait pu me laisser là au fond de la classe et attendre de voir ce qui se serait passé... Non, elle a agi pour que je sois un enfant égal aux autres, parmi les autres comme l’aurait été son fils... Ceci est une composante de l’identité nationale parce qu’universelle... Et mes camarades de classe, bien que j’aie une peau plus foncée que la leur m’ont invité chez eux et étaient les bienvenus chez moi...
Quant au terrain sur lequel tu veux m’entraîner, Eric, je ne t’y suivrai pas car l’identité ne se décrète pas... parce que le vrai débat n’est pas, vu de mon bocal, d’apprendre à définir l’identité nationale. Le vrai débat est, à mon sens et vu de mon hublot cette fois-ci, d’accueillir toutes les identités, aussi différentes et internationales qu’elles soient, d’en relever les mérites et pas seulement d’en stigmatiser les aspects sombres...
Je n’oublierai jamais, à propos d’identité nationale, mais ça se passait ailleurs, que ce sont des hommes dont les ancêtres étaient aussi ancestraux que ceux de mon père qui l’ont dénoncé pour communisme présumé... Ils avaient pourtant la même identité... nationale.
Si tu veux promouvoir l’identité nationale, prends ton bâton de pèlerin et non celui de l’expulseur de ce que tu stigmatises et va-t-en par les routes nationales, départementales, par les chemins vicinaux, les sentiers de randonnée expliquer au bon peuple que la France est multiculturelle, multiraciale et colorée comme c’est pas possible par la peau mais aussi par les racines, les rythmes et les sonorités...
Une fois que tu auras "vendu" ce concept-conviction, tu verras qu’une grande majorité de ceux qui sont aujourd’hui à la traîne se sentiront fiers d’être des tiens... Et à partir de là, tu n’auras plus à chercher une définition à l’identité nationale puisque tu auras valorisé le contenu...
Le contenu, voilà, le sujet à définir pas le contenant... Le contenant, quelques rappels et tout le monde le connaît...
Nul n’ignore que la France est la patrie de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen... Toi, non plus alors fais-le savoir... que tous les hommes naissent libres et égaux... et ainsi de suite.
Quand tu nous auras "vendu" ce fondamental, tu n’auras plus besoin de te creuser les méninges identitaires... Tu auras des millions d’adhésions... à une identité collective respectant les particularités de chacun.
Note : je dis ça mais c’est, peut-être, parce que, moi, ça me paraît facile... En fait, j’ai jamais été bon en maths mais p....* qu’est-ce que j’aimais le français... la langue par laquelle je m’identifie.
*pour le p...., je t’ai entendu. Il faut lire "purée" !...